Les prêtres déportés et Martyrs de l’estuaire de la Charente.
1793 – 1795
L’Ile madame, petite île longue d’1 Km et large de 600 mètres, est située à l’embouchure de l’estuaire de la Charente. A marée basse, on y accède par une sorte de chemin naturel (gué) appelé communément « Passe aux Bœufs ».
En arrivant dans l’île, la « Croix des Galets » se trouve au centre d’un terrain vague, et marque l’emplacement où furent découverts quatre squelettes disposés en forme de croix. Ce site nous rappel une page sombre de l’histoire de France : pendant la Terreur (1793-1794), beaucoup d’hommes et de femmes furent fusillés ou noyés au nom de la liberté que, justement, on leur refusait.
Pour avoir voulu rester fidèles à leur foi de baptisés et avoir refusé de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé, les prêtres furent arrêtés et déportés vers Rochefort. Ils venaient de nombreuses régions de France, tout simplement de la moitié nord du pays. Beaucoup moururent en chemin, ou furent noyés comme à Nantes, ou fusillés comme à Paris, ou encore guillotinés… Ils venaient à Rochefort pour être déportés en Guyane.
Ils furent donc embarqués sur de vieux navires négriers qui se révélèrent incapable d’entreprendre la traversée ; ces voiliers mouillèrent en rade de Rochefort, entre Fouras, l’Île Madame et l’Ile d’Aix. Sur ces bateaux, leur vie fut un véritable enfer : plus de 700 déportés furent entassés sur seulement deux navires ; ils ne pouvaient pas s’allonger pour dormir, et devaient se contenter d’une soupe infecte, de fèves pas cuites pleins de vers, et de pain noir en très petites quantité. Les matelots buvaient leur ration de vin et la remplaçaient par de l’eau salée.
L’équipage les maltraitaient, les frappait, les fouillaient à chaque instant. S’ils remuaient les fièvres en priant tout bas, ils risquaient d’être mis aux fers, en étant privé de nourriture plusieurs jours. Leur grande souffrance était de ne pouvoir prier, et surtout de ne pas pourvoir célébrer la Messe. Les prêtres acceptaient ces souffrances et ces misères en pansant à Jésus-Christ condamné à mourir sur la croix, et leur martyre a certainement aidé l’Eglise de France à retrouver la liberté du culte.
Sur les 500 prêtres morts sur les vaisseaux, 226 reposent à l’Ile d’Aix et 254 à l’Ile Madame.
Sur la paroisse de Fouras, Sébastien-Loup Hunot, chanoine de Brienon l’Archevêque (dans l’Yonne), repose avec une vingtaine d’autres prêtres du Fort Vasoux.
L’Eglise a reconnu leur martyres, et, le 1er octobre 1995, 64 prêtres, dont Jean-Baptiste Souzy, vicaire général de La Rochelle, et ses compagnons, ont été béatifiés par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II à Rome. Ils sont fêtés dans le diocèse le 18 août.
Gardons bien vivant le souvenir de ceux qui ont tant souffert pour le Christ, souvenir que nous rappelle, chaque année au moi d’août, le pèlerinage à l’Ile Madame.