Acte de donation du village de Ligoure.
(Nom primitif de Saint-Sauveur).
A l’abbaye de Noaille en Poitou, par Guillaume, comte du Poitou, duc d’Aquitaine en 979.
Les calamités les plus fréquentes nous apportent dès maintenant la preuve certaine de la fin du monde.
A notre époque, tout homme s’abandonne à sa fantaisie, alors qu’il lui conviendrait de disposer de ses biens de façon à mériter plus tard la vie éternelle. Et c’est ainsi que moi, Guillaume, Comte de la Cité de Poitiers et duc d’Aquitaine, j’ai conclu de mes réflexions sur la crainte de Dieu et sur la rétribution éternelle, qu’aux justes est attribuée la récompense.
Aux méchants la damnation et surtout que ceux-là reçoivent la vie éternelle qui font bon usage de leurs biens personnels. Et je souhaite du fond du cœur que la miséricorde du seigneur au dernier jour du jugement daigne m’accorder son pardon.
C’est pourquoi (je donne) mon alleu seigneurial situé dans le pays d’Aunis, dans le village appelé Ligoure, avec l’église érigée en l’honneur du sauveur, Jésus Christ, Notre Seigneur, les terres, les prés, les bois et la forêt appelée Corneto ; et je donne ailleurs, dans le village appelé Rioux, l’église consacrée à Sainte-Marie, mère de Dieu, Vierge, et deux moulins dans ce même village, et dans un autre lieu dans le village de Vouhé, deux moulins.
Et l’alleu est ainsi circonscrit : de face et sur un côté par le domaine de Burciaco jusqu’à la route du roi, puis par cette route du roi le long des « Planches » appelées Alerias jusqu’au marais et le village de Rioux avec la forêt, et ainsi se trouve divisée la terre de Dothoealdo jusqu’au lieu appelé Aedorus. Sur un troisième côté, il est limité à travers les marais jusqu’aux maisons Raynaldo.
Tous ces biens susnommés, je les accorde et les dons irrévocablement à la fois pour le salut de mon âme et celui de mon père et de ma mère à la congrégation du monastère de la Sainte Mère de Dieu, Marie toujours vierge, construit en l’honneur du bienheureux Cylaire et de Saint-Julien, confesseur du Christ, et que dirige on le sait, le seigneur Foulques, abbé, sous le gouvernement duquel les moines apprennent à servir Dieu. Et par cette lettre de cession, je vous délègue mon autorité afin que vous ayez tout pouvoir sur ces biens sans que personne y puisse trouver à redire.
Et cela, il nous a plu, à moi, à mon fils Guillaume ainsi qu’à mon épouse, dame Emma, de l’indiquer de façon que si quelqu’un cherchait à annuler cette donation par quelques calomnies, s’il ne s’en corrige pas et continue d’être de mauvaise foi, qu’il subisse en premier lieu la colère du Dieu tout puissant, et qu’il soit éloigné de la Bienheureuse Vierge Marie et de Saint-Pierre, chef des apôtres et de tous les Apôtres de Saint-Etienne et du Chœur des Martyrs et aussi des bienheureux Confesseurs Hilaire pontife et Junien, notre vénérable seigneur, qu’il soit écarté de tous les Saints de Dieu et de la communauté des Anges, qu’il soit précipité dans le feu de la Géhenne, et reste longtemps crucifié dans les flammes avec Dathan Chore et Abiron que la terre a englouti vivante pour finir que le démon garde son âme dans les prisons de l’enfer en compagnie des esprits immondes et qu’il demeure sans fin avec eux dans les ténèbres et l’ombre de la mort.
Puisse cette cession par lettre, Dieu aidant, durer à tout jamais avec les précisions qu’elle comporte.
Donné au mois de janvier, la seconde année du Roi Robert.