Soubise, église Saint-pierre.
L'église de Soubise a elle aussi une longue histoire, qui malheureusement n'est parvenue jusqu'à nous que par bribes.
C'était d'abord une église romane, comme la plupart des églises de la région. Quatre colonnes, à la croisée du transept, quelques arcs légèrement brisés et deux beaux chapiteauxqui se cachent dans le transept de gauche, en portent témoignage.
Sans doute détruite par quelque siège, car il est arrivé que, plus confiants en la puissance de Dieu que dans les remparts du château, les défenseurs se réfugient dans l'église, elle fut reconstruite à l'époque gothique. Ces deux époques de construction sont très apparentes. De la deuxième il subsiste la belle coupole, en forme d'octogone à base rectangulaire, qui couronne la croisée du transept et qui est le joyau de cette église.
Très abîmée de nouveau par les Guerres de Religion, l'église resta sans doute à l'abandon, jusqu'à ce que François de Rohan, Prince de Soubise, immensément riche, la fasse rebâtir de 1700 à 1712. Il avait épousé sa cousine lointaine Anne de Rohan, arrière-petite-fille de Catherine (celle du siège de La Rochelle), superbe gamine de 16 ans dont Louis XIV appréciait tellement, dit-on, « la conversation » et aussi « des doux yeux en amande couleur noisette qui allaient tous les jours à la petite guerre » et sans doute autre chose aussi, qu'il avait fait du mari non seulement un Prince de Soubise, mais aussi une des plus grosses fortunes du royaume. Saint-Simon dit de lui, qu'il fut « un des hommes qui se soucia le moins de la plus mortelle injure qu'un Espagnol puisse dire à un autre ».
L'argent dit-on, n'a pas d'odeur. C'est sans doute pour lui en donner une, une odeur de sainteté, bien sûr, que François entreprit, à partir de 1700, en même temps que la construction du magnifique Hôtel de Soubise, siège actuel des Archives nationales, à Paris, la reconstruction de l'église de Soubise.
De cette époque datent la façade classiqueet la belle nef en plein cintre. Sur les deux derniers doubleaux, au plafond de la nef, on peut lire deux des devises des Rohan :
Malo mori quam foedari (plutôt la mort que la faute)
et Sine macula macta (Mes macles sont sans tache)
Remarquer tout autour de la nef le bandeau noir orné des armes des Rohan, qu'on appelle un litre funéraire. Il a été tracé en 1749, à la mort d'Hercule Mériadec, Prince de Soubise, fils de François. L'écu « de gueule aux neuf macles d'or et d'hermines » donne le sens de la deuxième devise du plafond.
Le grand arc de l'entrée du transept porte des traces de peinture tricolore dont l'origine est inconnue. On les a conservées, car elles sont, au même titre que le litre, un témoin de l'histoire de l'église. De même que le Chemin de Croix, témoin du goût de la fin du XIXe siècle pour le plâtre peint.
De la même époque datent les quatre premiers vitraux de la nef. Cinq autres sont modernes: le premier, à la croisée du transept, reproduit le blason des Rohan, et éclaire la coupole de belles couleurs, surtout par les matins ensoleillés. Deux autres dans la nef sont l'un une Vierge à l'enfant et l'autre un Saint-Pierre, pour rappeler que cette église est baptisée "Saint-Pierre de Soubise". Les deux derniers, très originaux, ornent le transept.
L'église possède enfin cinq tableaux. On admirera spécialement dans le chœur la Crucifixion, et au fond de la nef: une apparition de la Vierge, où la vierge et les angelots rivalisent de grâce précieuse, devant une marine du XVIIe siècle. Au fond de l'église, remarquer une peinture naïve sur bois d'origine inconnue.
A l'extérieur, au-dessus du portail, on a reproduit, lors de la réfection de 1700, les hermines et les macles du blason des Rohan. Les « R » entrecroisés rappellent que les Princes de Soubise étaient ducs de Rohan-Rohan.
On sera sans doute surpris par le toit du clocher. Ce clocher avait jadis une flèche qui, sous la Révolution, fut surmontée d'un bonnet dit « de la liberté ». En 1816, le sous-préfet ordonna au maire de le faire disparaître. Cela ne fut pas plus tôt fait que, par suite d'une intervention divine ou diabolique, les opinions divergent sur ce point, le clocher fut touché par la foudre et s'effondra. Faute d'argent, il fut remplacé par le toit disgracieux qui existe encore.
].Grézillier